C'est dans ce bout du monde à 1500 km au nord est de Tahiti que deux personnages célèbres sont venus s'exiler : l'un pour retrouver "l'être sauvage" qu'il recherchait en lui et exprimer un nouvel élan à la peinture de la fin du 19ème siècle : GAUGUIN ; l'autre pour fuir les strass du show bizz et essayer de vaincre la maladie : BREL. Tous deux furent charmés par la splendeur de ces reliefs, la gentillesse de ces Marquisiens, qui essayent certes d'impressionner avec leurs tatouages et danses ancestrales de type Maori mais qui ont le rire facile, le tutoiement systématique, et l'envie de faire plaisir... tous deux se sont battus pour apporter le minimum vital à cette île oubliée des politiques de notre pays et de Tahiti, réputée trop nombriliste. Gauguin a littéralement invectivé les haut-commissaires de la République pour dénoncer les corruptions locales, et défendre le point de vue de la population contre celui des représentants de la colonie ;l'autre a apporté avec Jojo (son avion) un nouvel accès sur l'extérieur en transportant les malades, en amenant un dentiste et autres spécialistes pour les enfants de l'île, en offrant deux projecteurs 35 mm pour visionner sur le mur du terrain de tennis repeint en blanc.
Malgré cela, et s'il existe un Centre Culturel Gauguin, avec la reconstitution de la maison du Jouir à côté du fameux puit auprès duquel a vécu Gauguin jusqu'à ses derniers jours, c'est grâce à l'aide de bénévoles de l'île qui ont déterré à la main, au fond de ce trou béant, transformé en poubelle quelques traces du peintre. Ces même bénévoles locaux qui n'ont jamais aperçu d'originaux de ces tableaux et quand on a la chance d'entrevoir la richesse de teintes de ces tableaux, on ne peut que regretter que le Musée expose des copies aux couleurs passées ou reproductions amateures... merci cependant à eux de leur investissement hautement apprécié !
Quand aux vestiges archéologiques sur tout le reste de l'île, pas plus de subvention. La culture ancestrale a été mise de côté avec l'arrivée des évangélistes et les sites ont disparu sous la végétation et dans les mémoires ; quelques rares emplacements sont entretenus par l'hotel Pearl Lodge( Pétroglyphes), des Locaux (Vallée de Puamau) ou sont maintenant sur des propriétés privés (tombe de la dernière reine dans la pension de "Marie Antoinette" ou le "Tiki souriant") ; seuls quelques passionnés partent en exploration pour entretenir cette histoire : franchement, quel dommage ! du haut de leur cimetière à quelques mètres l'un de l'autre, Gauguin et Brel doivent se dire que depuis eux, les choses n'ont pas beaucoup changé : qui sait si c'est à tord ou à raison d'ailleurs car si les oeuvres sont alors exportés après leur découvertes sans jamais y revenir : à quoi bon ? Enfin, aucun regret d'être venus si loin pour vivre quelques jours de repos parmi cette végétation luxuriante, ces montagnes plissées qui tombent à pic, ces massifs en grande partie inexplorés (plus de la moitié de l'île), ces fleurs magnifiques et embaumées (le monoi est la spécialité) , ces couchers de soleil inoubliables (tout en contrastes de lumières et de couleurs), ces chants des coqs (souvent libres) en milieu de la nuit (particulièrement les soirs de pleine lune), ces chevaux sans selle attachés au bord de la route en attendant le retour du chasseur avec son bol d'eau, ces mets délicieux (particulièrement chez "Marie Antoinette" : le poisson cru au lait de coco, la chevrette ou le cochon sauvage, sans parler des légumes : la Ma ou fruit de l'arbre à pins, le poe poe : banane au lait de coco, la banane plantin, la patate douce... de quoi se faire éclater la panse), ces gens gracieux, élégants et charpentés qui roulent les "r", de façon non challante (non sans rappeler parfois doc gyneco), fruits de nombreux métissages (chinois, allemand, français ...) qui continuent à regarder la métropole de loin (surtout quand il fait chaud ici et qu'il neige en France), et les étrangers que nous sommes avec une distance naturelle qui inspire le respect (il n'empèche qu'il n'est pas rare qu'une voiture vous propose de vous déposer si vous marchez sur le bord de la route et que tout le monde a intégré l'utilité du téléphone portable, d'internet, et du cable). Sans oublier ces tikis inquiétants (sauf le "souriant", à noter des similitudes dans la position des mains et quelques autres détails avec les Moais) représentant les ancêtres illustres prêts des "mea'e" ou plate forme en pierre de lave pour les rituels voire pour les sacrifices (parfois humains).
Quelques sites qui ont retenu notre attention :
vallée de Puamau et site de D'Oipona : il y a de quoi de prendre pour Indiana Jones arrivant sur l'objet de sa chasse aux trésors tant l'ambiance exotique dans les brouillards (des feux d'entretien) et les raies de lumière sur les tikis évoquent les films d'aventure. Plus sérieusement on se trouve en présence d'un très beau tiki féminin allongé en position d'accoucher pour symboliser la fertilité et face aux plus grands tikis de la Polynésie (2,14 m pour le plus impressionnant), pae pae et Me'ae,
Vallée de Ta'a Oa: "le Machu Picchu" de Polynésie avec de nombreuses plate forme, tikis, pae pae (ancienne habitation marquisienne basée sur une plate forme), bols à tatouage autour d'une végétation luxuriante dont un impressionnant banian en son centre. Il semble que seul le 10éme soit apparent et que les vestiges soient cachés sous la végétation jusqu'à la falaise ; à noter une superbe plage animée en contrebas de l'église dans le centre du village,
Hanaiapa : un village perdu dans sa vallée, avec un terrain de foot très actif, les femmes regroupées sous les farés comme à l'époque de Gauguin, parfois une vague odeur de Coprah (noix de coco séchée) et des citronniers le long de la baie alors qu'on admire l'équilibre instable des surfeurs du crû, utilisée en cosmétique)
Tiki souriant : à l'aide d'un guide car complètement perdu dans la forêt avec seuls un ou deux panneaux posés par un bénévole : petit modèle mais dans un endroit qui semble riches en Meaes, sous la végétation.
Les pétroglyphes de Téhuéto : une partie est accessible à pied, l'autre nous ne l'avons pas trouvé et il semble que les guides n'y vont pas.
L'ancien cimetière avec un mélange de tombes occidentales anciennes, plus récentes et de tikis,
Reste un mystère pour Eric : ou est la croix du Sud ? le ciel a beau être clair et nous sommes équipés d'un logiciel qui reconstitue le ciel avec ses constellations en fonction des coordonnées GPS et de l'heure, mais difficile de ses repérer.
Côté pratique, à noter : une banque avec distributeur SOCREDO, un dispensaire à Atuona, une infirmerie à Puamau (dernière anecdote : pour les femmes sur le point d'accoucher, direction Nuku hiva et comme les compagnies aériennes ne veulent pas prendre de risques, elles devaient s'exiler deux mois avant le terme, maintenant négocié à un mois, pour être encadrées médicalement mais sans enfant : heureusement que la solidarité familiale existe encore aux Marquises).
Les photos
Création: Eric Monge