Nous enchaînons le retour de l'excursion au canyon de Colca avec le départ pour Cusco de nuit par bus (compagnie CIAL 90 soles en cama = position allongée) et arrivons à 7 h dans cette jolie ville à 3400 m d'altitude, toute de couleur brique. Après un petit déjeuner et avoir erré dans la ville pendant 3 heures, plus une heure d'attente supplémentaire pour nettoyer la chambre, nous haussons le ton à l'hôtel car ici, le temps passe... cela importe peu d'être à l'heure mais les enfants fatiguent, sont de plus en plus excités et nous avons besoin de nous poser.
Cusco ou "le nombril du monde" pour les incas est une ville sacrée qui fut le berceau de l'empire à son apogée. Elle fut détruite par un tremblement de terre en 1650 et reconstruite selon un nouvel élan artistique soutenu par le mécène Mollinedo privilégiant le métissage des cultures incas, espagnoles tant dans l'architecture, le travail du bois et de la peinture.
Pour nous, c'est une ville à taille humaine, mais avec beaucoup plus de touristes (proximité du Machu Picchu) ; Il n'y a pas de travail pour tout le monde et on le sent : plus de mendiants, de démarchages dans la rue attirés par les visiteurs que nous sommes...
Après une visite au Musée de l'Art précolombien (30 soles mais les vaut bien), nous rencontrons deux françaises forts sympas et échangeons sur notre perception de la ville, du Pérou et du fameux boleto turistico qui oblige à débourser 130 soles pour accéder à 16 sites dont la vallée sacrée, sachant que l'on peut oublier les accès de façon unitaire. Autrement dit: nous n'avons pas le choix; c'est ça la dure vie de vache à lait...
Nous l'achetons donc et visitons les musées proposés en ville, rigolons jaunes sur les rénovations apportées : pose de spot dans les vitrines sans bouger les antiquités à l'intérieur, d'où une poussière résiduelle sur ces dernières dans le Musée del sitio de Qorikancha. Nous sommes impressionnés par les crânes exposés en ce même lieu qui soutient la thèse déjà entendu que les élites de civilisations pré incas cherchaient à allonger leur crane en en aplatissant l'arrière. Nous passons en tout un quart d'heure dans le Musée des Arts populaires dont le seul intérêt est de voir les photos d'archives pour découvrir le site du Machu Picchu sous la végétation comme il l'était à sa découverte par un occidental, et la ville avec son expansion depuis le début du 20ème siècle.
Et puis, le soir, nous commettons l'irréparable, l'inadmissible mais depuis le temps que nous en entendions parler ... nous commandons une des spécialités du Pays : le Cuy soit un adorable cochon d'inde rôti à souhait pour nos bons soins ! en fait, on ne peut pas dire qu'on se soit régalés car comme vous pouvez l'imaginez, ces bestioles n'ont quasiment que la peau sur les os mais bon ce fut une aventure mémorable sachant que la patronne nous avait recommandé de tout manger (peau, tête et j'en passe et des meilleurs). Eric s'est quand même régalé avec la cervelle qui n'est pas sans rappeler celle d'un lapin !
Enfin, nous sommes prêts pour une étape primordiale de notre passage au Pérou : Le Machu Picchu. L'accès n'y est pas simple : nous prenons le bus pour Ollantaytambo (15 soles par personnes à partir du terminal), puis pendant que certains partent pour l'Inca Trail (4 jours de marche), nous préférons le train pour Agua Calientes (par Pérurail, résa par net recommandée, avec vistadome). Nous rencontrons d'abord 2 français aventureux ayant fait un treck mémorable de 2 jours à Choquequiroa dans le site Inca le plus récemment découvert (4 ans) et en cours d'exploration, donc quasiment vierge de touristes comme nous (nous verrons des photos splendides de ce site avec des représentations de lamas incrustés dans les murs des terrasses) puis un groupe de jeunes qui prévoit l'ascension du Machu Picchu puis du Wayna Picchu (la montagne surplombant le domaine).
Pour notre part, nous ne sommes pas sereins : endormis avec le tonnerre, réveillés à 2 heures du matin par des trombes d'eau, nous émergeons comme convenu à l'aube (4h30) espérant que cela se calme et que nous puissions prendre le premier bus de 5h30. Il pleut toujours dru et préferons ronger notre frein jusqu'à l'arrêt des gouttes pour arriver sur le site à 7H00 où ô miracle, les nuages remontent les montagnes abruptes environnantes. Pas de soleil, mais pas de sol glissant non plus (notre principale crainte).
Nous commençons par surplomber les ruines pour s'en mettre pleins les yeux et mettons un certain temps avant de réaliser que nous sommes ailleurs que devant une carte postale.
En quéchua, ce site signifie "vieille montagne" et fut une cité inca d'importance du XV ème siècle, supposée sous le règne de Pachacutec, neuvième Inca, grand stratège militaire, surnommé "le réformateur" ; il initia l'expansion fulgurante du grand empire inca en conquérant au nord, les Chimu (voir trujillo) et au sud jusqu'à Nasca.
Cette cité sacrée fut désertée à l'époque des guerres contre les conquistadores qui ne connurent d'ailleurs pas son existence. Elle fut oubliée pendant des siècles ; ce fut un américain qui, sur les indications des indigènes, dévoila au monde cette merveille en 1911.
Nous nous mettons en tête d'escalader le Wayna Picchu ("jeune montagne" en Quechua, ou le nez si l'on peut imaginer le site global comme un visage) mais sommes vite dissuadés par les français rencontrés la veille, au taquet depuis 4 heures du matin, ayant brillamment réussis la montée et la non moins difficile descente pour être devant nous à 11h30. Un autre couple nous souligne les dangers compte tenu de la pente d'y aller avec les enfants. Pas de regrets, nous arrivons au check point en 503 position et le site est limité à 500 personnes : nous reviendrons un jour, avec ou sans enfants !
Nous prenons tout notre temps dans ces quelques 140 constructions entre habitation et temple du soleil, y compris celui d'une petite sieste pour les enfants dans les ruines au calme, pour repartir vers 16h30 après le premier rayon de soleil.
Difficile de repartir mais les droit d'accès sont trop chers pour nous permettre de revenir le lendemain.
Retour à Ollantaytambo pour visiter le site archéologique et ses pentes vertigineuses (une petite pensée pour Hélène : c'est pas pour toi), puis continuons la vallée Urubamba appelée « Vallée Sacrée des Incas ». Cette dernière a peuplée durant l’époque inca, un centre stratégique militaire, religieux et agricole. Sur les flancs des montagnes, sont édifiées d’importantes forteresses qui contrôlaient l’accès de la vallée et la protégeaient des possibles invasions. Les ruines de Urubamba sont minuscules mais ont un certain charme pittoresque, comme le village et la place. Les enfants sont fatigués : nous rentrons à Cusco.
Une journée pour nous retaper, défouler les enfants dans un parc et profiter du Musée Inca (nous ne verrons décidément pas les masques en or, ils ont été envoyés au Musée de la Nacion à Lima), des processions sur la place d'armes et d'un spectacle de danses folkloriques avant de repartir pour le tour des autres sites de la vallée sacrée:
Saqsaywaman: temple aux griffes de puma,
Q'enqo: signifie "zig zag" comme les rigoles et les tunnels aménagés entre deux blocs monumentaux de lave, le tout formant un sanctuaire de culte ou Intihuatana (lieu d’adoration au soleil selon le rite lié au solstice) avec célébration des rites à base de chicha (bière de maïs) ou peut-être de sang,
Punkapukara: forteresse rose qui garde la vallée de Cusco,
Tambo Machay: disposition de type polygonale pour ces bassins, aqueducs et fontaines sacrées qui sert encore de culte à l'eau de nos jours.
Pisac: superbe structure incas : La première partie composée des maisons et greniers de cette ancienne forteresse avec de magnifiques terrasses agricoles en courbes qui épousent parfaitement la structure de la montage et empêchent ainsi son érosion. La deuxième partie du site est composée d'édifices sacrés. La différence est flagrante au travers des pierres parfaitement taillées pour former des bâtiments harmonieux, ainsi que la présence de nombreuses niches d'offrandes,
Moray: laboratoire d'expérimentations agricoles inca sous forme de terrasses concentriques qui produisent différents microclimats permettant de tester la résistance des plantes à l'altitude,
Chinchero: terrasses à côté d'une belle église de style Cusquéen et d'un non moins charmant marché surtout au coucher du soleil.
Le tout pour 120 soles en Taxi pour la journée, nous nous en mettons plein la vue et sommes gavés de temples incas...
Les photos
Création: Eric Monge